Etant donné que nous avons abordé ces sujets à plus d'une reprise récemment, je vous copie ce qu'il faut retenir de cet article d'ITRGames.com, paru le 24 mai dernier.
La conférence du SELL a été l'occasion de parler des choses qui fâchent. Notamment du piratage, mais surtout du manque de soutien apporté par le gouvernement à l'industrie française du jeu vidéo, en dépit des promesses maintes fois réitérées, qui la mène tout droit dans le mur sur un marché pourtant en pleine croissance.
# 1 Que la chasse commence.
Après avoir rappelé que le SELL était le premier et le seul syndicat professionnel à avoir obtenu de la Commission Nationale Informatique et Liberté le droit, via les outils développés par la société CoPeerRight Agency, d’inspecter l’ensemble des réseaux Peer To Peer existants à la recherche de « voleurs » français de jeux vidéo, Geoffroy Sardin et Jean-Claude Larue ont expliqué en détail, avec l’aide du représentant de la société enquêtrice, la mise en place de cette inspection qui a démarré au début du mois de mai. La cible essentielle : ceux des internautes qui, en début de chaîne, copient puis mettent en partage un contenu qui ne leur appartient pas, parfois même avant que le logiciel ou le jeu soit sorti dans le commerce.
Jean-Claude Larue a évoqué l’existence de bandes organisées (dont une a été démantelée récemment) et l’obligation pour le SELL de mettre des moyens importants pour contrecarrer ce vol caractérisé, notamment avec une cellule spé****ée de plusieurs membres assermentés et dirigée par un ancien gendarme Pascal Brissy. Pour Larue, le message est clair : « il ne s’agit pas de réprimer pour réprimer, nous nous attaquons principalement aux gros poissons. Et nous disons ‘Eduquons, éduquons, éduquons’ … »
Jean-Claude Larue a indiqué en outre, qu’actuellement les jeunes auditeurs de Skyrock, NRJ et Fun, les trois radios les plus écoutées entre 14 et 24 ans partout en France, ne pouvaient passer à côté de l’importante campagne de publicité lancée récemment sur ces trois radios.
En tous cas, a ajouté Jean-Claude Larue, il faut retenir un chiffre qui donne le vertige : environ 35 millions de jeux ont été vendus en 2004, et 100 millions ont circulé sur le Net, soit quasiment trois fois plus. Ne pas réagir face à une telle réalité, ne serait pas une attitude sérieuse »
# 2 Argent, argent !!!
Selon Geoffroy Sardin « les pouvoirs publics ont été alertés il y a deux ans et demi maintenant sur la situation de la production française qui, de plus en plus, part à l’étranger. Et depuis rien ne bouge. On nous promet des choses, mais on ne voit rien venir … »
Quels sont les facteurs d’instabilité et de précarisation de la conception et de l’édition de jeux vidéo en France ? Selon Geoffroy Sardin, ils sont principalement liés à la distorsion de la concurrence pour cause d’énorme différentiel de charges sociales, de l’absence – contrairement à d’autres pays, notamment le Canada, d’aides fiscales incitatives, mais aussi d’effets de change pour cause d’unité monétaire trop forte face au dollar…
Et Jean-Claude Larue de s’emporter : « Rendez-vous compte, nous avons rencontré à plusieurs reprises le gouvernement et Jean-Pierre Raffarin. Nous nous étions mis d’accord sur le principe de création d’un crédit d’impôts dévolu à la création de jeux vidéo et sur une enveloppe de 30 millions d’Euros. Le dossier est bouclé depuis 4 mois … Nous attendons toujours une réponse ! ». Geoffroy Sardin embraye : « Il y a urgence. Et qu’apprend-on il y a 48 heures de la bouche de Patrick Devedjian ? Que ce mécanisme d’aide sera mis en place en juin, après le référendum … Mais c’est catastrophique, la filière est actuellement exsangue … Il s’agit d’une question de semaines, pas de mois ! Si on attend encore, il sera trop tard ! Si aujourd’hui notre discours est musclé c’est parce que la menace est réelle et la fermeture de nombreux studios indépendants est plus que prévisible … ».
Jean-Claude Larue s’emporte encore : « Quand Patrick Devedjian nous annonce qu’il nous fait une fleur en augmentant le mécanisme de la FAEM à 3 millions d’Euros, de qui se moque-t-on. Il s’agit là d’une vaste rigolade ! ». Rappelons-nous que c’est du temps de Lionel Jospin que cette FAEM avait été inaugurée et qu’à l’époque la FAEM avait été lancée à 4 millions d’euros !
Pour Jean Claude Larue, le Ministère a toujours eu peur de soutenir le jeu vidéo, face aux arts établis, notamment le Cinéma et la Musique, par peur d’être contesté et par crainte de la contagion … Il conclut : « Si rien ne bouge, en 2006 le jeu vidéo français aura vécu. Il aura deux pieds dans la tombe ! Il y a eu plus d’emplois perdus en France, conclut-il, depuis l’annonce de Raffarin d’un plan pour le jeu vidéo qu’avant cette annonce ». Calmant quelque peu l’ardeur de son Délégué Général, Geoffroy Sardin n’en pense pas moins et finit par dire : « Quand un jeu coûte 100 en France, il coûte 65 au Canada. Comment voulez-vous que nous puissions nous en sortir … ».
#3 Un mouton noir pour un domaine en plein boom ?
Et paradoxe des paradoxes, après avoir dit combien le jeu vidéo français est sous assistance respiratoire : les loisirs interactifs et le jeu vidéo ne se sont jamais aussi bien portés commercialement. Au point d’être plus gros en chiffre d’affaires que le cinéma en 2004, et sans doute plus gros que la musique en 2005 !
Avec un taux d’équipement en micro-ordinateurs de 45% fin 2004 (on dépasse les 46% aujourd’hui) et une croissance spectaculaire de l’équipement en consoles de jeux (+56% en 10 ans !), la France n’est pas – loin s’en faut – à la traîne …
François Klipfel est formel : les perspectives pour 2005 sont excellentes ! (Raison de plus pour enrager de la situation, semble vouloir dire la moue de Jean-Claude Larue). On doit même s’attendre à une année historique ! Facteur justifiant un tel optimisme : le lancement à l’E3 de plusieurs nouvelles consoles, qui devraient se vendre à plus de 2,8 millions d’unités d’ici la fin de l’année … Avec, pour la première fois, une prépondérance des plateformes portables (DS, PSP, N-Gage, Gizmondo, etc.) et un boum parallèle des jeux sur téléphones mobiles. En valeur, le marché devrait atteindre les 444 millions d’euros, soit une croissance impressionnante de +32%.
Le marché des CD-Rom PC ne sera pas en reste, même si les taux de croissance attendus devraient être moins impressionnants : de l’ordre de +8% en volumes.
Au total, le marché des loisirs interactifs devrait dépasser sans coup férir les 1,5 milliards d’euros en 2005 (+8%) ce qui en fait un loisir culturel majeur des français. Nos gouvernants puissent-ils s’en apercevoir …